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Hawa & Patchworks, full of Soul

Après un premier maxi remarqué, sorti chez Favorite Recordings en 2010, Jennifer Zonou alias Hawa nous présente en compagnie de Bruno “Patchworks” Hovart, son dernier album, My Little Green Box, délivré en mai de cette année. Dès le début de l’été, SoulRnB.com vous proposait dans ses sélections (53 et 55) les titres “I Was Born To Love You” et “Catch A Fire”. Pépites Soul choisies parmi les 11 morceaux composant l’opus, entièrement chanté en anglais. Cependant, la chanteuse et le producteur restent des français passionnés de Soul et de musique en général.

Partez à la découverte des autres facettes de Hawa, et de son pygmalion, Mr President a.k.a. Patchworks.

Salut Jennifer, salut Bruno ! Comment allez-vous et comment s’est passé votre été ? Hawa: (Rires) Très bien, merci ! (Rires) Patchworks: (Rires) Très bien aussi, je te remercie de demander ! (Rires)

Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Pourquoi Hawa comme nom de scène par exemple ? H: C’est en fait mon vrai nom, je m’appelle Jennifer Hawa Zonou. Tout simplement.

Bruno, toi, tu as plusieurs noms : Patchworks, Mr President ? P: En fait, ça dépend des projets, en tant que producteur, je vais être Patchworks, et en tant qu’artiste, j’ai un nom par style de musique, pour pouvoir travailler tranquillement. Pour la Soul, c’est Mr President mais si, par exemple, tu n’aimes pas Mr President, tu aimeras peut-être plus Patchworks, etc…

Il y a une histoire derrière chaque nom ? P: Patchworks signifie travail de patch, c’est un terme utilisé en studio, c’est quand tu branches et débranches les câbles entre les machines, et il faut savoir que c’est probablement ce que je fais la moitié de mon temps afin d’avoir le son qui va bien. Il y a aussi évidemment une référence au patchwork et à l’assemblage de différents tissus, de différentes couleurs, pour former un ensemble esthétique. C’est un peu la manière dont je travaille. Quant à Mr President, et bien, ça pète (Rires) ! Sinon, c’est aussi un disque de soul et de funk. Pauvre Naze, ça sonnait moins bien ! (Rires)

Hawa, ta collaboration avec le groupe lyonnais de rap IPM a été l’élément déclencheur de ton nouveau départ musical (vers le Gospel notamment). Quel était ton rapport à la musique avant cette rencontre ? H: Il était naturel. Mon père était DJ, il avait une collection de vinyles assez importante, surtout de la musique afro. J’ai donc grandi avec la musique, je chantonnais déjà toute petite, je me lançais même des “défis vocaux” (rires), et je me suis formée comme cela, toute seule (rires) ! La musique a toujours fait partie de ma vie, il n’y a pas eu de déclic en particulier, même avec IPM, c’était juste une nouvelle occasion de chanter et de faire ce que je faisais déjà. Ensuite, c’est vrai que ça s’est enchaîné, leur manager m’a proposé de monter un groupe avec Françoise, une danseuse / chanteuse. On a ainsi formé Ebony Source et on a énormément maquetté : un son est sorti sur une compilation, on a fait des premières parties… Ça a duré 2-3 ans. Le duo s’est ensuite séparé parce que chaque membre avait au final d’autres ambitions.

A un titre près, l’album “My Little Green Box” a été entièrement écrit et composé par vous deux ? Cette collaboration quasi exclusive peut-elle être comparée à celle d’une longue relation pygmalion / muse, l’un apportant l’inspiration et l’autre la sublimant ? Ou s’agit-il seulement d’une complémentarité qui s’est découverte sur le moment, et tous les morceaux se sont enchaînés ? P: Pour la production, oui, mais pour l’écriture, Jennifer a collaboré avec Raphaël Chambouvet, un pianiste avec qui on travaille tous les deux depuis un moment. H: C’était mon premier album donc forcément, j’avais des choses à dire. J’ai toujours écrit, et pour ce projet, les textes sont anglais, car c’est la langue qui se prête le mieux à la Soul. Même si c’était une première pour moi, Patchworks et Raphaël (Chambouvet) me l’avaient conseillé mais il n’y a pas plus de calcul que cela, c’est venu assez naturellement. Patchworks a une bibliothèque incroyable et c’est dans un échange très spontané que s’est faite chaque chanson. P: La Soul est une musique de ressenti, et pour Jennifer, s’il n’y avait effectivement rien de calculé, de mon côté, j’ai voulu justement tirer le maximum de tous ces ressentis, de cette spontanéité… Quand cela passe par la cervelle, c’est une autre musique. Il faut que cela vienne directement du coeur ! H: Oui, j’ai écrit avec le coeur, mais cela ne veut pas dire que je n’ai pas de cervelle ! (Rires) P: Oui (rires), mais l’intelligence, c’est aussi de ne pas l’utiliser quand tu fais de la vraie Soul Music. Enfin, ça fonctionne avec les gens qui ont des choses à dire. Pour moi aussi, c’était le premier projet où j’avais l’opportunité de faire tout un album avec le même vocaliste. En voyant tout ce qui jaillissait, on ne pouvait pas s’arrêter pour attendre une tierce personne. A part ça, il n’y avait aucune autre raison de ne pas travailler avec d’autres et cela se fera sûrement sur le prochain opus.

Et du coup, avec cette alchimie, en combien de temps s’est fait l’album ? P: On a plié l’album en un an.

Les chansons ont été écrites et composées spécialement ? Ou d’anciens morceaux ont été revus pour l’occasion ? H: Toutes ont été faites spécialement pour cet album. P: Quand Hawa et moi nous sommes rencontrés et que nous avons commencé à travailler, nous sommes effectivement partis de rien.

Y’a-t-il de l’autobiographique ? Quelle est la part de fictif et quelle en a été l’inspiration ? H: Bien entendu il y a une part de ma vie, mais il y a également une part de celle de mes proches. Ce sont aussi des situations que je peux seulement voir ou entendre, qui peuvent me faire ressentir des choses que je vais donc retranscrire en chanson. P: Heureusement que tout n’est pas autobiographique. H: Oui ! (Rires) C’est aussi difficile d’écrire sur soi, il faut donc s’inspirer d’autres choses.

Et toi Patchworks, quelle est ton inspiration pour composer, car ce n’est pas la même démarche de mettre des mots ou des notes sur une histoire ? P: Je voulais avant tout faire un album pour une chanteuse Soul. Je travaille plusieurs genres mais la Soul est vraiment la musique que je préfère. Je suis un fana de la Motown, de la Stax, de tous ces labels, aussi bien du Nord que du Sud, et faire un album avec la même chanteuse, qui a des choses à dire, dans un format chanson et pas uniquement production, c’est dans ce sens que j’ai travaillé. C’est ce résultat que je souhaitais.

En tout cas, c’est un album que j’adore et que j’ai beaucoup écouté cet été. Les compositions sont variées et riches en instruments, on sent plusieurs inspirations : Soul, Funk, Blues, Reggae… parfois des airs de Bossa Nova sur “So Wrong”, par exemple… P: Oui, des influences latines.

Et, d’un album et d’une préférence personnelle, à la base purement Soul, Hawa et toi avez sorti des chansons assez éclectiques… P: Tout est de la Soul, y compris les morceaux que tu dis influencés par la musique Jamaïcaine. Le Calypso jamaïcain, c’est de la Soul, mais jouée par des musiciens d’Afrique dans les années 50.

On retrouve Raphael Chambouvet à la composition de “Full Of Love”. C’est une personne qui t’a influencée dans ton virage Gospel (ndlr, chorale “Heritage Soul”, 2000), et qui t’a orientée vers Favorite Records. Cette unique collaboration est étonnante sur ton premier projet personnel… H: Ce n’est qu’une question de timing. L’album s’est fait très vite. J’aurais également pu faire appel à des chanteuses pour les choeurs mais du coup, le train était en marche et il fallait grimper dedans à pleine vitesse avec Patchworks et moi. Raphael reste quand même à l’origine de tout, je l’ai rencontré à la chorale avec Rémy (Kaprielan). Ils avaient leur projet CHK et j’ai fait un featuring sur leur album. Ensuite, il m’a présentée à Patchworks et m’a prévenue qu’il ne travaillait qu’en anglais. C’est donc lui qui m’a convaincue de me lancer. Entre temps, Raphaël et moi avons continué d’écrire, on a même fait un concert et Bruno est venu nous voir. P: Oui, et à ce concert, je me suis pris une bonne claque.

Hawa, toi qui as une affinité certaine avec la plume engagée du Rap, l’anglais quasi-imposé, le chant et la Soul ne t’ont pas bridée dans ton écriture et dans les messages que tu voulais faire passer ? H: Premièrement, l’anglais ne m’a pas été imposé, simplement conseillé. Je l’ai pris comme un challenge et au final, cela a même été libérateur car c’était plus facile à faire sonner. P: La Soul est une musique qui sonne en anglais, je ne dis pas que c’est impossible de le faire en français mais c’est très difficile. Il y a très peu de personnes capables de le faire. H: Moi qui avais l’habitude d’écrire en français, je porte une importance capitale aux messages que je veux faire passer, et même en anglais, même sur de la Soul ou sur des musiques dansantes, même si, du coup, les gens prêtent peut-être moins attention ou ne comprennent pas, je tenais à transmettre ce que j’avais à dire. L’anglais me l’a permis, je n’ai pas été bridée, au contraire, je me suis vraiment éclatée ! P: L’anglais est une langue, certes, plus souple, qui peut paraître plus légère au premier abord, mais elle te permet de concentrer l’information et de passer plus d’idées, même en faisant des fautes, volontairement, jouer avec la langue, la triturer, c’est toléré, et beaucoup de gens et d’artistes le font. H: Ça a également été comme un retour aux sources puisque j’ai écouté très peu de musique française, même quand j’écrivais en français, mes yaourts, je les chantais avec un accent anglophone. Ici, la différence était surtout d’utiliser les bons termes et expressions. P: C’est dingue de pouvoir limite mieux s’exprimer en anglais, grâce à sa souplesse, qu’avec sa propre langue maternelle. En anglais, tu peux écouter du très bon comme du très léger… En français, la plupart s’essaient à des chansons dites à textes, les messages sont là mais mélodiquement ça ne sonne pas.

Et tu débutais l’écriture et ta réflexion en français puis traduisais tes textes ? H: Non, dès le départ je travaillais en anglais. J’écoutais les mélodies de Patchworks, qui m’évoquent des sentiments, un ou plusieurs mots, et je construisais autour… P: Et réciproquement. Sur les arrangements, je modifiais les compositions autour de ce qu’elle écrivait et chantait. Par exemple, avec 3 mêmes accords, selon leur position et leur tempo, on a une chanson très joyeuse ou très triste.

Quelle est ta chanson préférée ? Et Pourquoi ? P: Pour moi, même si je l’ai déjà beaucoup écoutée, c’est “Catch a Fire”, mais ma chanson préférée de Jennifer, c’est celle qu’elle a faite avec Raph’ et qui n’est pas sur l’album. Je n’y ai pas participé, celle que je préfère n’est donc même pas de moi. Par contre j’ai un trou de mémoire pour le titre… (Hawa s’étonne et réfléchit aussi…) H: Ah mince, oui, je vois de laquelle tu parles… (Patchworks, lui rappelle la question initiale) Par contre, c’est très dur de choisir là, c’est comme si tu demandais à une mère quel est son enfant préféré ! A vrai dire, je m’écoute très peu… Mais je dirais “Catch a Fire” et “So Wrong”.

C’est également ma chanson préférée, ça sonne comme Sharon Jones et je l’avais inclue dans nos playlists, dès le début de l’été. P: C’était également le choix de France Inter, qui a pas mal matraqué ce titre également.

Fréquence Jazz aussi ! H: C’est le dernier morceau qu’on a fait en plus. P: La dernière fois qu’on l’a joué, c’était en concert et il y avait une telle magie quand on l’a fait que pour retrouver cela en studio… C’est dommage que l’enregistrement live ne soit pas exploitable. Du coup, on est prudent avec ce morceau car on ne veut pas le gâcher.

Avec cet album, tu fais le choix de viser l’international. C’est une ambition personnelle ou un réalisme vis-à-vis du constat que la Soul en France n’est pas assez reconnue ? H: Comme déjà dit juste avant, de mon côté et dans ma musique, il n’y a rien de calculé. J’ai chanté en anglais parce que j’ai ressenti les mélodies de Patchworks comme telles. Je me suis fait plaisir avant tout et si ça a un impact auprès du public, tant mieux ! P: De facto, avec un album en anglais, on touche forcément un marché international, mais aujourd’hui on n’est pas plus en rotation à l’étranger qu’en France où l’on est tout de même bien diffusé depuis 2 ans. Tu m’aurais posé la question il y a 3 ans, je t’aurais répondu clairement : oui ! On pouvait faire 3 dates en Allemagne contre 1 en France.

L’Allemagne a réellement une grande affinité avec les musiques afro-américaines, que ce soit en Hip Hop, Soul ou R&B. C’est dingue ! P: Ca vient des soldats américains qui se sont installés après la guerre, et qui ont ramené leur musique. Ils la passaient dans leurs bases omni-présentes mais aussi dans les bars. Tu chines beaucoup plus de disques en Allemagne qu’en France.

Malgré ce manque de reconnaissance dans le genre, quel est votre avis sur le revival Soul que l’on connaît depuis quelques années ? Et également sur la longévité de certains médias indépendants comme le magazine Soulbag (1968) ou la station Jazz Radio (1996) ? H: Si je chante de la Soul, ce n’est pas parce que c’est une mode et qu’il y a un regain auprès du public. C’est comme pour l’anglais ou le chant tout court, c’est du plaisir avant tout. P: En fait, la Soul n’est pas inexistante en France, il y a un vrai talent… Mais il y a un grand décalage entre ce qui se fait, ce que les majors proposent, ce qui est diffusé, et ce que le public écoute… Je me prends des claques en écoutant la petite scène de mon quartier, et m’horripile de la pauvreté des titres sur Skyrock. Des musiciens qui font de la bonne musique, j’en connais un paquet. Il n’y a pas de problème de créativité en France, c’est un problème de diffusion ! Et ce n’est pas à nous de faire ce travail… C’est aux médias comme vous, Soulbag ou Jazz Radio, qui êtes passionnés et qui visez un public passionné et plus large encore. On n’intéresse pas Skyrock, et Skyrock ne nous intéresse pas d’ailleurs, mais ce sont eux et TF1 qui font les modes… Tu prends un gars lambda dans la rue, tu lui fais écouter l’album de Hawa, il va sûrement aimer car c’est abordable, on n’a pas cherché à être une pointure soulistique, lui ne va pas se demander si c’est de la Soul ou pas. Nous, on se pose la question parce qu’on aime la musique, qu’on est du métier et du milieu. Lui, c’est juste “j’aime”, “j’aime pas”, et ça nous va très bien. Nous ne sommes pas non plus des fervents défenseurs de la Soul qui clament que c’est la meilleure musique du monde. On aime la Soul, on joue de la Soul, si on arrive à faire aimer notre musique et la Soul, c’est tant mieux. Miles Davis disait : “Il n’y a que deux genres de musique : celle que tu aimes et celle que tu n’aimes pas”.

Belle vision des choses d’ailleurs ! Mais ça ne vous dérange pas ce regain d’intérêt du public pour la Soul avec, par exemple, les succès de Adèle, Amy Winehouse (notamment après son décès), Raphael Saadiq qui est reconnu depuis “The Way I See it” alors qu’il a sorti plein de choses avant ? H: Non, c’est très bien mais c’est vrai que ça me fait un peu rire tous ces mouvements et modes… Je n’ai pas attendu le deuxième album de Amy Winehouse pour aimer ce qu’elle faisait, idem pour Raphael Saadiq. Je rigole car tout ça, c’est encore une question de diffusion… Et quand l’un fonctionne, comme par hasard, on en voit d’autres arriver. Mais qu’est-ce qu’ils attendaient pour les sortir ? Tous ces artistes font et faisaient déjà de la Soul avant ! P: Raphael Saadiq a aussi connu le succès quand il formait Lucy Pearl, mais quand il chante avec D’Angelo et les Soulquarians, ça marche moins que lorsqu’il chante de la Soul Vintage comme maintenant. Mais au fond, toutes ses musiques sont de la Soul. Ce mec est bon et il continue de faire de bonnes choses. Il y a un manque de reconnaissance qui me fait chier et quand je vois Raphael Saadiq que je suis depuis que j’ai 15 ans, faire la première partie de Ben l’Oncle Soul, là je me dis qu’il y a un problème ! Les labels travaillent un produit, une image, avec des déguisements, des clichés mais les gens ont besoin de ça… Personnellement, je vais davantage aimer le décalage de Amy Winehouse qui fait de la Soul en s’habillant comme une rockeuse. Elle est elle-même et authentique.

Tu penses à Ben quand tu parles de clichés ? Tu n’es pas le premier à nous le dire… P: Oui, c’est assez cliché… Après, je ne le connais pas et c’est bien ce qu’il fait, même si je trouve que le français ne sonne pas toujours, les productions sont très bien travaillées. H: C’est cliché mais ce n’est pas un nouveau, il a peut-être 10-15 ans de scène et de chorale derrière lui, ça fait un moment qu’il est là. Aujourd’hui, il est exposé, du coup, il faut la touche commerciale : les vêtements, la choré, etc. Une sorte de packaging. C’est clair, c’est net, c’est accessible, voilà, c’est envoyé. C’est peut-être ce qu’il voulait faire dès le départ, mais peut-être pas complètement non plus… P: Dans les années 40, il y a Josephine Baker qui a cartonné parce qu’elle dansait bien. Du coup, vu qu’elle était noire, ils lui ont foutu une jupe de banane autour du bide. Ca peut aller très loin, tu vois ce que je veux dire ? Tu chantes de la Soul, il faut t’habiller comme ça. Tu es noire, faut que tu portes des bananes… H: En même temps, cela a toujours plus ou moins existé, ça reste un costume de scène comme beaucoup d’autres en ont. Ca reste du show, du spectacle. Chacun fait les compromis qu’il veut.

Aujourd’hui, la musique ne s’apprécie plus uniquement avec les oreilles, mais aussi avec des yeux aveuglés… P: Oui, c’est dommage… Mais ce côté visuel est appréciable quand il est authentique. Marvin Gaye n’aurait pas eu le succès qu’on connaît s’il n’avait pas été aussi sensuel. Par contre, en fin de carrière, il a quand même été poussé à finir en slip sur scène, et à 45 ans, amoindri, ça sonne faux, on n’y croit plus… Encore une fois, c’est allé trop loin mais les américains adorent ça… Moi, c’est l’inverse, en musique comme au ciné, j’aime y croire !

Les majors imposant une surcouche, plus souvent fausse qu’authentique, beaucoup d’artistes redeviennent indépendants, je pense à Joss Stone qui a récemment sorti son album avec ce statut… P: Elle vient d’intégrer le groupe de Mick Jagger, je pense que ça aide (rires). H: Ils mettent aussi un peu de côté quand même, non ? (Rires)

(Rires) C’est sur que c’est plus facile d’être indépendant comme ça ! Vous avez écouté LP1 ? Elle prend un virage Rock… J’avais préféré l’avant-dernier, produit en grande partie par Raphael Saadiq d’ailleurs (ndlr, il s’agit en fait de l’avant-avant dernier, Introducing Joss Stone, sorti en 2007)… H: Ils étaient ensemble ! (Hawa lâche un petit sourire en coin et tout le monde éclate de rire dans cette ambiance un peu potache) P: Moi, je trouve ça très bien qu’une artiste comme Joss Stone aille se revisiter du côté du Rock, pour revenir à la source. Car il y a un réel lien entre Rock et Soul. Ce que faisaient les Rolling Stones dans les années 70, c’était dans ce registre là, et Raphael Saadiq le fait aussi dans son dernier disque.

En parlant des Rolling Stones, on pense souvent qu’ils ont emprunté “Satisfaction” à Otis Redding, alors que c’est l’inverse. Dans une de nos interviews, Aloe Blacc nous racontait que c’était également en clin d’oeil aux liens entre Rock et Soul, qu’il avait réinterprété “Femme Fatale”. P: Oui, une chanson des Velvet Underground. De toute façon, un bon morceau reste un bon morceau ! H: Sinon, pour en revenir à la question de l’indépendance, je fais de la musique avant tout pour le plaisir. De pouvoir assumer et partager ce que je fais, il en ressort de belles rencontres, c’est tout ce que j’ambitionne. Maintenant, si je peux avoir ça en indépendant ou signée, ça me va. Je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas. Après, c’est une histoire de compromis, à toi de savoir si tu es prêt à les faire ou pas. A l’heure actuelle, je ne crois pas qu’une grande major puisse m’offrir cela. Et puis, pour moi, ce n’est pas le but ultime, être signée n’est pas forcément synonyme de succès. P: Ce n’est pas la bonne décennie en tout cas (rires) ! Le problème de diffusion existe si tu n’es pas lié aux médias, à TF1 ou Skyrock, et donc aussi aux labels qui sont en contact avec. Ces derniers auront tendance à dénaturer ton morceau. Si tu as voulu que ta chanson fasse 3 minutes, ce n’est pas pour qu’on n’en passe que 2 minutes 15. Encore une fois, c’est comme prendre une moitié de tableau de Picasso -toute comparaison à échelle proportionnée, je ne prétends pas être le Picasso de la musique-, mais il n’aura pas son sens originel, idem pour un film raccourci au montage. Là, en ce qui nous concerne, je ne parle que d’un titre, et non d’un album entier, alors imagine… Être indépendant, être joué EN ENTIER par des radios comme Fréquence Jazz et France Inter, ça, c’est plus important que de souffrir d’un manque d’exposition. Je n’ai pas envie que ma musique soit un échantillon ou d’aller sur un plateau TV faire du playback, avec 40 danseurs autour de moi. Je suis là pour jouer ma musique, de A à Z. J’ai choisi d’être musicien et non pas “star”, ce sont 2 métiers bien distincts. Les majors fabriquent des stars, des succès rapides mais dans la durée… En fait, je ne souhaite à personne ce genre de parcours.

Et la musique à Lyon… Ce n’est hélas pas une capitale de la musique comme New York, Philadelphie, Detroit, ou Londres. En France, Paris / Marseille le sont pour le Rap, la Soul a sa scène et son public parisiens. Quelle est votre explication à ces différences ? Cela viendrait du public, de la culture… H: Je ne voudrais pas chanter aux États-Unis… Ça me ferait peur ! (Rires) J’ai déjà vu comment ça se passait à l’Apollo, un faux pas et tu sors, pas de pitié ! P: C’est normal, eux, à 4 ans, ils font partie des chorales Gospel. Moi, quand j’avais 4 ans, j’allais à la messe, tu vois ? Eux, ils CHANTENT. Par contre, entre Paris et Lyon, le talent est là. Il n’y a pas de public plus pointu qu’un autre, il est juste plus important dans la capitale. J’en viens, je ne suis à Lyon que depuis 10 ans. Il faut avouer que c’est agréable et que t’es peinard pour faire ta musique ! Sinon, Favorite Records est à Paris, donc qu’on vive à Lyon, ce n’est pas ça le problème.

Pour conclure, notre question habituelle : qu’y a-t-il dans vos ipods ? Bruno, en tant que musicien, je crois que tu n’écoutes pas trop de MP3 à cause de la qualité, donc même question mais dans ton mini-disc ou autre lecteur ? (Rires) P: Disons que quand j’écoute de la musique, J’ECOUTE DE LA MUSIQUE. Je ne trouve pas que cela se marrie avec les bruits des transports, etc, et les mecs qui se parlent avec leur casque sur les oreilles, je ne sais pas comment ils font… Soit tu parles, soit tu écoutes de la musique ! Moi, j’écoute des vinyles, la radio, et en ce moment, de la Pop des années 60 : un groupe californien qui s’appelle Love. Et aussi les “Ballads” de Coltrane. H: Moi, je reviens au Reggae : Culture, un groupe Roots. Et aussi Mr Day. D’ailleurs, son album sortira en janvier 2012. Un très très bel album, où Patchworks et moi participons ! (Rires) P: Et les collaborations entre nous sont loin d’être finies !

Et vos passions en dehors de la musique ? H: La peinture et la mode, la mode, la mode ! (Rires) P: Moi, c’est la bouffe, la bonne. LA GASTRONOMIE.

Merci pour votre disponibilité, à l’instar de votre entraînant titre “The Best Is Yet to Come” sur “Number One”, je vous souhaite que le meilleur soit encore à venir pour vous 2 et Favorite Records !

DISCOGRAPHIE HAWA