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Kohndo, du flow et des mots

C’est l’histoire d’un rappeur qui ne voulait pas être que rappeur. D’un gars qui a fait ses preuves dans le Hip-Hop, mais qui, artistiquement, ne se sentait pas accompli. Entre désir de s’affranchir de l’étiquette de rappeur et d’être considéré comme un artiste à part entière, Kohndo étonne par sa musique, et n’hésite pas à sortir des sentiers battus. Entre Soul et Rap, il tend à ressouder deux bouts qui semblaient évoluer dans des univers parallèles, dans notre hexagone. Entre la rue Caulaincourt et la rue de Clignancourt, microphone à la main, Kohndo nous comte un vécu, une histoire musicale authentique et singulière et présente son dernier album en date, Soul Inside, disponible depuis Mai dernier.

Alors, dis-nous tout, Kohndo, c’est un nom d’emprunt ou ton vrai prénom ? D’où ça vient ? C’est mon prénom, et je tiens vraiment au bon placement du “H” parce que souvent les gens l’orthographient KHondo, KondHo… Mais non, non, c’est KoHndo (rires). Pour l’origine, Kondo est le prénom de naissance du prince Behanzin. Ce prince se nomme Kondo avant de devenir Behanzin, quand il atteint le statut de roi d’Abomey. Il s’est opposé à l’armée française, au 19ième siècle, contre la colonisation du Bénin. C’est mon père qui m’a donné ce nom, et par fantaisie, il a rajouté ce fameux “H” (rires).

Ta musique est très imprégnée de Soul. Dans ton nouvel album on sent d’autres influences comme le rock, d’où te vient cette richesse, cette ouverture ? Est-ce la manière dont tu as été élevé ?C’est vrai que j’ai été éduqué dans la musique, la “Grande Black Music”, j’ai presque envie de dire. J’ai été nourri de Soul, pas forcément la Soul Motown que je trouve trop sirupeuse, mais plutôt la Raw Soul, la Soul du sud, la Stax, avec Sam & Dave, Isaac Hayes, Otis Redding ou David Porter, ces artistes qui ont un truc plus violent, y compris au niveau du message. J’aime aussi ce qui est plus Street Soul : Curtis Mayfield, Donny Hathaway, ces gens qui racontaient la vie des quartiers. Cette culture là, c’est aussi le Hip-Hop, le sample, qui me l’ont donnée. Il y a la discothèque familiale, à Boulogne où j’ai passé mon adolescence, puis, de l’autre côté, la quête de la boucle, où tu te forges ta propre culture musicale. Parce que bon… Dans les années 80, on n’était pas tous adeptes du synthé (rires) ?! Le contexte joue beaucoup, j’ai toujours été entouré d’artistes, de musiciens et de chanteurs. J’ai toujours baigné là-dedans, ce brassage a transparu par petites touches dans mes précédents albums et s’est vraiment affirmé sur Soul Inside. J’ai aussi été guidé par mon band, le Velvet Club, avec qui je bosse depuis la sortie de Deux Pieds Sur Terre, en 2006. Sur ce troisième album, il y a eu moi mais aussi les envies des musiciens avec qui j’ai travaillé. Chacun a mis une petite part de lui-même.

Et du coup, si tu devais définir ton son ? Mmmh, j’aimerais bien l’appeler “Soul Clap” ou “Urban Soul”, parce que je suis autant chanteur que rappeur, mais aussi parce que le potentiel que j’ai le plus développé reste le potentiel MC. En ce moment, j’essaie vraiment de développer mon potentiel chant. Donc “Urban Soul” me parait légitime, un peu comme Nneka. Je pense qu’elle sait autant rapper que chanter. Beaucoup la classent en Soul mais je suis allé à son concert et elle rappe ! Et c’est marrant parce que ça ne choque personne, c’est normal (rires).

Tu as fait partie du groupe La Cliqua dans les 90s, qu’est ce qui t’a poussé à voler de tes propres ailes ? L’expérience avec La Cliqua a duré 4 ans. On a fait beaucoup de buzz, on a changé quelque chose dans le regard du Rap en France. Il y a aussi un contexte, une période, on n’était pas les seuls mais je pense qu’on a vraiment marqué les gens, avec 6 titres du EP Conçus Pour Durer, les freestyle, la radio. Au sein du groupe, il y avait de fortes personnalités, on était tous persuadé d’être exceptionnel, et quand tu mets des gens qui ont beaucoup d’égo côte à côte, il arrive un moment où ça ne tient plus. J’étais fatigué de cette tension ambiante qui n’avait pas de raison d’être, donc j’ai préféré partir et m’épanouir autrement.

Tu t’es lancé tout de suite après ? Oui. J’ai sorti un maxi, et ayant fait partie d’un groupe connu, on m’appelait pour des feats : NAP (où j’ai rencontré Abd Al Malik, Sulee B Wax), Koma de la Scred Connexion, Rocé. J’ai rencontré pas mal de monde à cette période et parallèlement, je me disais qu’il fallait que je travaille sur mon album. Dans un premier temps, j’ai donc travaillé ma technique via les EP. J’essayais aussi de m’imposer en solo, de montrer que seul, j’étais différent de La Cliqua, que je pouvais apporter autre chose, mais on ne m’écoutait pas. Les gens me collaient toujours l’étiquette La Cliqua sur le front. D’autant plus que le groupe existait encore, mais pour moi, ce n’était plus pareil. En 98/99, ils ont sorti un album mais ce n’était plus La Cliqua, c’était plutôt La Squadra featuring Raphael. De mon côté, en gardant une ligne de conduite très Hip-Hop, les gens ont voulu voir La Cliqua en moi mais je leur disais qu’ils se trompaient de boutique. Je ne suis pas La Cliqua, et seul, je ne le serai jamais.

Penses-tu t’être détaché de tout ça aujourd’hui ? Non, à chaque fois que je fais une interview, il y a toujours des nostalgiques qui veulent que je sois “Kohndo de la Cliqua”, des gens qui rêvent d’un retour du groupe. Je réexplique toujours que c’est terminé et qu’aujourd’hui, ça n’a plus de sens. Tu ne peux pas te remettre avec ta meuf si tu t’en es séparée pendant 15 ans (rires) !

Aujourd’hui, aimerais-tu tenter l’expérience avec un autre groupe ? Oui j’aimerais beaucoup, mais plus avec des musiciens car il y a un vrai échange et une vraie écoute. Pour l’instant, je suis plus dans un développement personnel mais si j’avais un projet de groupe, j’aimerais que ce soit un album en commun avec avec 20Syl, un peu dans le délire Jaylib, lui beatmaker et moi MC, moi beatmaker et lui MC, quelque chose dans l’esprit purement collaboratif, ça m’intéresse beaucoup plus, d’ailleurs je vais lui passer un p’tit coup de fil (rires).

Sans parler de groupe, est-ce qu’il y a un artiste français et un artiste étranger avec qui tu rêverais de collaborer ? Le truc, c’est qu’il y en a plus d’un (rires). Faire un album Bump Up avec 20Syl, ça pourrait être mortel, faire un album expérimental avec Oxmo pourrait être intéressant. On aurait du en faire un mais on n’a pas pu caler nos emplois du temps. Ensuite, il y a des artistes pour qui j’ai beaucoup d’admiration comme Ekoué de La Rumeur, Casey, Rocé. Si je devais rêver plus loin, en France, je te citerais M car j’aime son boulot, et Cocoon, parce que sont des bosseurs et qu’ils ont une vraie vision du son. A l’étranger… Un Common ça pourrait le faire (rires). En chant, je kiffe Gnarls Barkley, pour la voix de Cee-Lo et le travail de Danger Mouse. Les deux ensemble, c’est vraiment impeccable au niveau du texte, Danger Mouse ne laisse rien passer. D’ailleurs, je préfère Gnarls Barkley à Cee Lo en solo. Attention, j’aime beaucoup son univers mais je trouve ses textes moins forts, et c’est un point auquel j’accorde de l’importance. Par exemple, j’adore “I Want You”, mais l’autre jour, j’écoutais les paroles et j’ai été déçu. Il parle à une meuf “Dieu t’a créée extraordinaire, merci d’être faite comme ça” et il enchaîne avec “T’as quand même un sacré bon cul”. Pof (rires) ! Ce titre aurait pu raconter autre chose “I Want You /Je voudrais t’emmener ailleurs”. Pourquoi avoir dit ça comme ça ? Ca manque d’élégance, alors que le morceau en lui-même, son orchestration l’est. Et sinon, bah Anthony Hamilton ça serait… Génial ! Mais bon, quand on commence à rêver, on ne s’arrête plus (rires).

… Car on t’a déjà entendu aux côtés de Dwele, Slum Village, comment ça s’est passé ? C’est la vie qui m’a permis ça. J’ai été contacté par un couple établi aux USA qui a eu un coup de coeur pour ma musique. Je venais tout juste de terminer mon album et ils m’ont proposé de le mixer là bas. Sur place, ils m’ont mis en relation avec l’ingé son qui avait bossé sur le dernier album d’Aaliyah, Joey Powers, le cousin de l’ingénieur du son des Slum. Il y avait deux morceaux que je n’avais pas tout à fait terminés, “Je Serai Là” et la prod de 20Syl, “Dis-Moi Ce Qu’Elles Veulent”. Au mixage, Powers m’a demandé si je comptais inviter des artistes, je lui ai demandé à qui il pensait et il a contacté son cousin Tim. Le lendemain, ma pote Angela m’annonce que Slum Village est partant pour faire un feat (rires). Je devais partir à New York pour rencontrer le manager de Capone-N-Noreaga donc ils ont enregistré pendant mon absence mais j’ai pu les rencontrer et les ai invités à Paris, pour l’enregistrement du clip. Ca s’est passé de la même façon avec Dwele.

Kohndo – Je Serai Là (ft Dwele)

Ta carrière solo commence véritablement en 1999, avec la sortie d’un mini-album. Aujourd’hui, tu en es déjà à ton troisième album, comment envisages-tu chaque nouvel album ?Bien souvent, ça part d’une simple idée. Je réécoute mes précédents albums et je retravaille ce qui peut être amélioré en termes de flow, d’écriture. Il y a aussi mes influences du moment, ce que me font écouter mes potes DJ ou ce que j’entends en soirée. Si je découvre un son qui claque, je vais me dire “et moi, comment je rapperais sur ça ?” Je suis constamment en éveil. Dans la vie, tu peux de nourrir de plein de choses, tu absorbes et au bout d’un moment vient ton premier texte. Généralement, il te donne la direction de l’album. Un deuxième texte arrive et tu te dis “Là, je crois que je peux faire un nouveau skeud car je viens de mettre le doigt sur quelque chose”. Sur Soul Inside, mon premier texte a été “Mes Nuits”. C’est mon guitariste, Thomas Grénier, qui est venu et m’a proposé cette balade un peu folk, à la Red Hot. A l’époque, il allait avoir une petite fille, le contexte m’a donc donné envie d’écrire une comptine. J’écrivais “Dis moi de quoi tes nuits sont faites, est-ce que tu pleures quand tes yeux se ferment ?” en m’adressant à un bébé, mais au fur et à mesure de l’histoire, je me disais que cette phrase pourrait aussi marcher pour un mec qui parle à son ex. J’ai donc commencé à construire une histoire autour de ça, et au final, je me suis rendue compte que j’avais une chanson. Et pas un rap. Partant de ce principe, je me suis demandé pourquoi le Rap ne serait pas de la chanson ? Après tout, les classiques de rap sont de bonnes “chansons” : le Mia, la Fièvre, le Monde de Demain. J’ai commencé à penser tout l’album de cette manière. Je me suis dit “Laisse tomber les égo-trips. C’est bon, tu sais faire, commence à chercher ta vraie inspiration”. Je suis rentré chez moi et j’ai trouvé cette inspiration. Mon inspiration, ma vraie sensibilité, elle est Soul et elle est Funk.

Revenons sur ton album. Dans le titre “Soul Inside”, pour moi, il y a une sorte d’homonymie.Tout à fait ! Et on retrouve cela sur tous mes albums. Sur Tout Est Écrit, je dis que si tu veux me connaître tu n’as qu’à lire, car “tout est écrit”, parallèlement, c’est la vie qui est écrite. Sur Deux Pieds Sur Terre, je suis en opposition avec l’expression “6 pieds sous terre”, pour appuyer le fait que je suis bien vivant. Soul Inside annonce la musique que tu vas entendre, l’inspiration Soul du disque. Puis, littéralement, c’est “l’âme à l’Intérieur”, il y a quelqu’un a l’intérieur.

Tu penses que la Soul est plus propice à ce genre d’introspection ? Oui car c’est la musique de l’âme. Bien plus que les autres genres, c’est viscéral, et je ne comprends pas que certains puissent dire que c’est une musique sirupeuse, douce. Pour moi c’est rugueux, c’est dur, mais voilà, on est dans une époque où l’on a peur de regarder ses sentiments en face. On trouve ça ringard de dire “Je t’aime”, de croire à des valeurs. On te taxe de gentil, de ringard si tu montres cet aspect de toi. Etre gentil, c’est nul aujourd’hui mais mince, il y a un fossé entre le respect, la gentillesse et être gentillet… Je crois qu’il faut redonner de la force à ces mots là : respect, positivité, on est dans un monde trop négatif. La Soul, c’est important, et c’est aussi important de dire “Baby I love you”. Le cliché, c’est : en Rap, il y a toutes les façons de dire “j’vais te buter”, “je déchire”, en Soul, c’est toutes les façons de dire “Je t’aime ma chérie” ou “Tu me manques”, mais il faut arrêter, ce n’est pas seulement ça. C’est une musique qui porte aussi des messages forts, ”A Change Is Gonna Come”, c’est un message. “What’s Goin On”, “The Ghetto”, “Woman Of the Ghetto”, ce sont des messages. Et je peux t’en citer des centaines comme ça. La Soul raconte des choses.

C’est incroyable ce background Soul que tu as, t’en connais même plus que certains chanteurs Soul/RnB (rires).Oui, j’aime la musique ! Par conséquent, je m’intéresse aussi au parcours d’autres musiciens : Jimi Hendrix, Miles David, Ahmad Jamal, Led Zep, les Beatles. C’est là que tu te rends compte que tu ne peux pas faire de la bonne musique sans comprendre la musique. Le background de ces artistes est juste dingue ! Je suis sensible à la bonne musique quelque soit le style.

Dans le morceau Soul Inside, tu dis “quand j’étais petit, je voulais être MC à la KRS One”, aujourd’hui comment te vois-tu ? J’ai grandi au Pont de Sèvres, dans le même bâtiment que Les Sages Poètes de La Rue, j’ai filé des ateliers où il y avait des MC comme L.I.M. Dans mon crew ont commencé des rappeurs comme Booba qui était danseur à l’origine, avant d’être rejoint par Ali, avec qui il a formé les Lunatic au lycée. Dans mes meilleurs potes, il y avait des mecs de Less Du 9. Quand Rocé a fait son premier maxi, il était sur le label Arsenal, avec La Cliqua, et il m’a demandé mon avis sur ses disques. J’ai ensuite rappé avec Slum Village, Dwele et Insight, j’ai fait un concert avec Masta Ace et El Da Sensei, je me suis retrouvé à New York à la Zulu Nation avec Mobb Deep et MOP… Question rêves de gamin, j’en ai exhaussé quelques uns (rires) ! Le seul truc qui me manque pour boucler la boucle, c’est un putain de morceau avec KRS One. Niveau Rap, je me suis plus que super bien amusé ! Je pense que j’ai fait le tour du cadran. Il me reste mon accomplissement d’artiste et c’est là que je me rends compte que le Rap est trop limité pour moi, j’ai besoin d’autre chose. J’aimerais faire des trucs, toutes proportions gardées bien évidemment, dans le genre Jay-Z aux Grammy’s aux côtés de Paul McCartney et Linkin Park. Etre un chanteur comme les autres et pas un “sous-artiste” ou un artiste qu’on met dans une case. J’aimerais un jour, qu’on arrête de me poser des questions, qu’on trouve normal de faire des collaborations. Aujourd’hui, les gens écoutent un morceau pendant 20 secondes et sortent “non, ça ne me parle pas”. Si tu veux apprécier un bon disque, il faut appuyer sur Play et laisser tourner. Si j’avais fait comme ces personnes autrefois, je n’aurais jamais apprécié le Illmatic de Nas. Pour moi, avant, le rap c’était Onyx, Leaders Of the New School, que des brailleurs avec des phrasés complètement déstructurés. Quand j’écoutais Nas, je trouvais ça plat mais il s’avère que j’avais le CD et plus je l’ai écouté, plus je l’ai apprécié. Si tu te contentes de survoler mon disque, tu peux passer à côté mais si tu prends la peine de tendre l’oreille, d’écouter ce que je raconte, un autre monde va s’ouvrir. Il faut juste être curieux, y aller sans à priori.

Dans “Mes Nuits”, tu dis “mes nuits connaissent le Jazz de mes cauchemars, la Soul de mon spleen et le Blues de mon âme triste”, apprécies-tu plus ces musiques quand tu es dans ces états que tu décris? Ou plutôt, c’est parce que j’étais dans ces états que j’écoutais ces musiques. Quand je parle de la Soul de mon spleen, je fais allusion à ces moments dans ta vie où tu connais la solitude, le célibat, la rupture, c’est dans ce contexte que je vais écouter la Soul car cela va correspondre à mon état. Le Jazz, c’est une musique que je vais plutôt écouter quand je m’affaire, quand je suis en train de bosser, je vais être en écoute “active”. La Soul est plus dans l’émotion, l’écoute est plus “passive”. Le Rock m’intéresse aussi, c’est une question d’énergie, le rock que j’écoute est très Rythm N Blues, les Rolling Stones, par exemple, se sont toujours définis ainsi, c’est ce rock là que j’aime, avec un truc très groovy dans la rythmique, un truc “black” même s’ils sont blancs.

Peux tu nous parler du morceau Samantha ? C’est une histoire vraie ? L’histoire est toute simple. Tu es avec cette fille que tu kiffes et tu sens qu’elle te fait des coups de Trafalgar, depuis un moment : rendez vous annulés, empêchements de dernière minute… Toi, tu sens, qu’il se passe quelque chose. L’alibi ? “Ouais, je suis chez ma pote Samantha”. Donc, un jour, tu appelles cette Samantha et apprends que ta nana n’est pas du tout chez elle ! Donc t’essaies d’en savoir plus, tu vas voir Samantha pour lui parler… Une amitié se crée, mais s’arrête finalement car une autre histoire commence… Une histoire de sentiments. C’est bien tiré d’une histoire vraie (rires).

(rires) Sur ton album, tu as puisé dans le réservoir Soul, des artistes que le public parisien connait bien sur scène mais qu’on n’a pas forcément l’habitude d’entendre sur CD, c’est un plaisir de les entendre sur un album… Exactement ! Pourtant, ce ne sont pas des débutants. Juan Rozoff est là depuis tellement longtemps… J’ai toujours aimé son travail, je l’ai connu dans les 90’s quand il était chez Barclay et sortait son premier album. J’ai toujours pensé que ce n’était pas normal que les gens ne l’écoutent pas plus ! J’ai donc eu envie de l’appeler et de lui proposer qu’on fasse un titre. C’était lui et personne d’autre que j’entendais sur ce morceau. Karl the Voice, je l’ai rencontré à l’occasion du projet Black Stamp, c’est là où l’on s’est vraiment lié d’amitié, j’ai découvert un gars avec un coeur extraordinaire et un talent monstrueux. Quand tu te penches sur son histoire, tu te rends compte que 80% des refrains du rap français… Bah c’est lui. Et je l’adore sur ses projets plus personnels comme Push Up, je le trouve “sur-violent”, en live, c’est un tueur. Idem pour Rony et Marie M, des artistes que tu vois souvent sur scène. Généralement, quand t’es MC, tu veux collaborer avec des Mary J Blige, des D’Angelo, alors certes, c’est mortel, mais je me dis que, finalement, on a aussi un talent énorme en France ! Pas besoin d’aller chercher si loin. Je ne me suis pas gêné pour appeler tous ces artistes que j’ai rencontrés, puis kiffés, quand j’ai conçu l’album. Tous ceux à qui je pensais, je les ai invités.

Il y a un titre qui tranche, “Mon Ghetto”, beaucoup plus brut, avec ses scratchs et ses voix pitchées, était-ce une piqûre de rappel pour dire que l’ancien Kohndo est toujours là malgré tout ? Dans mon travail, il y a toujours un rapport entre texte et musique, et un jour, un pote m’a dit “Hey Kohndo, t’as jamais raconté l’histoire du quartier, t’as jamais parlé des graffeurs, des danseurs, des gens avec qui t’as évolué. Tu ne te rends pas compte de tout ce qu’on a au Pont de Sèvres”. Il avait raison car je ne suis pas du genre à être dans la nostalgie, mais comme on me propose souvent des beats hip-hop, je me suis dit que j’allais travailler sur ce sujet. Et que c’était plus adéquat de le faire sur une vibe très Hip-Hop, plus proche de mes racines. J’ai donc choisi une instru 90’s, et j’ai fait ce que je sais faire sur du 90’s, un putain de pe-ra (rires). Le titre m’a permis de me raconter à travers le Rap, c’est un “’à propos”. Par contre, quand je suis arrivé à la fin de l’album, j’ai hésité. Si je voulais vraiment respecter ma pensée pure, l’album aurait été un 12 titres, je n’aurais pas mis ce titre, ni “Lick Me”, mais je me suis dit que ces deux chansons avaient aussi du sens, qu’elles parlaient de moi au même titre que les autres tracks. Si les gens veulent voir qui je suis, il faut aussi qu’ils entendent ce truc là, et ce qui est mortel, c’est que cela m’a permis de toucher les puristes. Le Hip-Hop, c’est comme la Soul, ca a une âme et ce n’est pas perdu, c’est toujours là, pas besoin de le revendiquer tout le temps. Je me dis que c’est comme être noir, je n’ai pas besoin de l’affirmer, je peux mettre une cravate, etc, ça sera toujours là (rires) ! Mais c’est vrai que pour avoir le socle, l’album “pur” Soul Inside, tu enlèves les deux titres dont je viens de parler.

Quel est ton regard sur la Soul actuelle ? Laquelle ? Parce que, comme le Hip-Hop, la Soul englobe plein de choses : il y a la Soul 60’s, qui est de retour, par exemple, avec Raphael Saadiq. Je trouve ça intéressant mais personnellement, je trouve qu’on est dans de la redite, The Old-fashioned Way. Il sait le faire “à l’ancienne” mais en attendant, il n’a pas le vécu, donc ses textes ne tapent à l’endroit où j’aimerais que ça tape. Toute cette soul sixties qui revient à la mode, je trouve ça intéressant mais pour moi, il n’y a pas eu mieux que Lauryn Hill et Amy Winehouse, car elles ont dit “On est nourries de ça mais on le ramène à notre époque”. Il y avait quelque chose de moderne en elles, elles ont emmené le truc ailleurs. Il y a Joy Denalane que j’aime beaucoup, elle a des choses à raconter. Ensuite, du côté de Détroit, d’Atlanta, alors je ne saurais pas te dire si c’est de la soul, du RNB donc disons Nu Soul, j’adore Jill Scott, je trouve ça très Hip-Hop. Quand j’ai acheté le premier maxi de D’Angelo, Brown Sugar, je m’amusais à rapper dessus. Pour moi, c’était un maxi Rap, je ne l’imaginais pas comme de la Soul. C’est drôle de voir comment les frontières ont complètement bougé entre temps.

Et au niveau de la France, comment tu perçois tout ça ? La Soul française, je ne la connais pas assez bien pour l’instant mais j’adore. Il y a un talent monstre rien qu’au Sankofa, ou même avec des mecs comme Sly Johnson… Mais ils manquent de lumière, j’ai presque envie de dire que c’est “normal” car si on s’amusait à faire faire des albums à tous ces artistes dans l’ombre et à leur donner une vraie direction artistique, la chanson française se prendrait un gros coup de pied au cul. La Soul, en France regroupe des mecs techniquement impeccables, qui racontent des trucs vraiment forts, donc la variété française serait complètement à l’ouest. Je pense qu’on n’a pas envie de voir ça arriver parce que ce serait tout un pan de la musique française qui sauterait. J’exagère (rires) mais je crois que ce style est sous-exploité parce qu’il est hyper métissé (tout en restant très connoté Black), et que, comme ils disent dans le jargon médiatique, c’est “segmentant”. Une autre façon de dire “ça touchera pas assez les gens” et une autre façon de dire “on n’a pas envie d’en voir trop à la télé” (rires). On a Ayo, je pense qu’on aura Imany et Ben l’Oncle Soul mais il n’y en aura pas beaucoup.

Pourtant la nouvelle génération, la “nouvelle” jeunesse en France, a beaucoup changé aujourd’hui… Oui mais c’est aussi une histoire de culture. L’âme de la musique française n’est pas Soul, elle est plus près de Brel, Renaud, Piaf. On est plus dans les chanteurs à textes, qui n’ont pas forcément beaucoup de voix. On est dans la chanson descriptive, qui raconte le quotidien, la culture française est comme ça. Pour l’instant… De plus, c’est une scène que je vois sur Paris mais en Province… Je ne connais que 2 endroits où ça se développe un peu : Bordeaux, car Les Nubians y ont fait un gros boulot, et Lyon.

Quels sont tes derniers coups de coeur musicaux et quelle est ta playlist du moment ? Chromeo, Outlines, Gil Scott Heron remixé par XX, Map Of Africa, Milez Benjiman, Sepalot, c’est ce que j’écoute depuis 2 ans. Je ne cours pas après la nouveauté ni le son du moment, au contraire, je suis toujours en retard (rires) ! Je prends le temps d’écouter un album, un artiste. Dans les trucs plus récents j’ai écouté Raphael Saadiq, Cee Lo Green et Selah Sue.

Pour terminer, c’est quoi la suite du programme ?Mon concert au New Morning, le 29 Septembre prochain, avec mes musiciens, point de départ de ma tournée.

Merci Kohndo et rendez-vous en Septembre ! Merci à vous de m’avoir accordé du temps !

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